Petite histoire de la photographie
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La photographie est le résultat de la convergence de deux domaines scientifiques : l’optique (la chambre noire) et la chimie (la sensibilité à la lumière de certains sels d’argent). Bien que ses principes soient connus depuis l’Antiquité, la capacité de fixer durablement une image n’a été acquise qu’au XIXe siècle.
SOMMAIRE
Les origines : optique et chimie
Les fondements de la photographie reposent sur des connaissances anciennes.
Dans l’Antiquité
Le principe de la chambre noire (camera obscura), qui projette une image inversée d’une scène extérieure à travers un petit trou, est déjà décrit par Aristote au IVe siècle av. J.-C. et perfectionné par le savant Ibn Al-Haytham au XIe siècle.
Au moyen-âge
Les alchimistes du moyen-âge observent déjà en leur temps que la lumière noircit le chlorure d’argent.
À la Renaissance
Léonard de Vinci en décrit le fonctionnement en 1514, notant que les images projetées sont plus petites et inversées.
Daniele Barbaro introduit l’utilisation d’une lentille convexe en 1568 pour augmenter la luminosité de l’image.
Giambattista della Porta publie une description complète de la technique en 1558.
Au XVIIIe siècle
Au XVIIIe siècle, des expérimentateurs comme Thomas Wedgwood parviennent à créer des images fugitives sur du papier imprégné de nitrate d’argent, mais ils échouent à les fixer définitivement. Les images finissent par noircir complètement.
L’invention : Niépce et la première image
C’est au français Joseph Nicéphore Niépce que revient le mérite d’avoir réussi à fixer la première image permanente. Il nomme son procédé l’héliographie (du grec helios, soleil, et graphein, écrire), littéralement l’« écriture par le soleil ». Cette technique repose sur la propriété photosensible du bitume de Judée (un asphalte naturel). Lorsqu’il est exposé à la lumière, le bitume durcit et devient insoluble. Les parties non exposées restent solubles et peuvent être dissoutes avec un mélange d’essence de lavande et de pétrole. Elles révèlent ainsi l’image sur le support (généralement une plaque d’étain, de cuivre ou de verre).
Niépce développe l’héliographie selon deux axes distincts entre 1827 et 1829 :
LA PRISE DE VUE (« POINTS DE VUE »)
Après un temps de pose extrêmement long (estimé à plusieurs heures, voire jours), il obtient « Point de vue du Gras ». C’est la plus ancienne photographie conservée à ce jour. Elle représente une aile de sa propriété à Saint-Loup-de-Varennes.
LA REPRODUCTION DE GRAVURES
Ce procédé permet de copier des gravures existantes pour les multiplier à l’infini. Une gravure rendue translucide est posée sur la plaque sensible et exposée au soleil. Après traitement chimique et gravure à l’acide (eau-forte), la plaque obtenue sert à l’impression.
Cette application a évolué pour devenir l’héliogravure, une technique d’impression industrielle de haute qualité encore utilisée aujourd’hui pour les grands tirages.
L’officialisation : Daguerre et Talbot
Le daguerréotype
Après la mort de Niépce en 1833, son associé Louis Jacques Mandé Daguerre perfectionne le procédé. Il invente le daguerréotype, le premier procédé photographique commercialement viable en 1835.
Il produit une image unique, positive et sans négatif, sur une plaque de cuivre recouverte d’une fine couche d’argent polie comme un miroir.
L’invention est présentée officiellement à l‘Académie des sciences par François Arago le 7 janvier 1839.
Le gouvernement français acquiert le brevet pour en faire don au monde entier, publiant les détails du procédé le 19 août 1839, date célébrée depuis comme la Journée mondiale de la photographie.
Technique
Le processus chimique complexe débute par la sensibilisation de la plaque à l’iode pour créer de l’iodure d’argent photosensible. Après une exposition à la lumière dans une chambre noire (durant initialement 20 à 30 minutes), l’image latente est révélée par des vapeurs de mercure chauffé à 75 °C, puis fixée à l’hyposulfite de soude.
L’image obtenue possède des propriétés visuelles distinctives :
ASPECT MIROITANT
L’image apparaît en positif ou en négatif selon l’angle de vue et la lumière, ce qui lui a valu le surnom de « miroir doté de mémoire ».
UNICITÉ
L’absence de négatif rend toute reproduction impossible ; chaque pièce est un original unique.
FRAGILITÉ
La surface est extrêmement délicate et doit être protégée hermétiquement sous verre dans un écrin, souvent orné.
Usage intensif et déclin
Bien que révolutionnaire pour sa netteté, le daguerréotype connaît un déclin rapide après une décennie d’usage intensif (principalement entre 1840 et 1860). Son coût élevé, la complexité de sa réalisation et l’impossibilité de dupliquer les clichés favorisent l’émergence de procédés concurrents comme l’ambrotype (sur verre) et le calotype (sur papier avec négatif).
Aujourd’hui, les daguerréotypes sont des objets de collection très prisés. Leur valeur dépend de l’état de conservation, du format (la « pleine plaque » étant la plus rare), du sujet (vues de Paris, portraits de célébrités) et de l’auteur.
Des œuvres de photographes reconnus comme Camille Dolard ou Hippolyte Fizeau peuvent atteindre des sommes considérables aux enchères, dépassant parfois les 100 000 euros.
Le calotype
Parallèlement à Daguerre, l’Anglais William Henry Fox Talbot développe le calotype (breveté en 1841). Son innovation majeure est le système négatif-positif. Il obtient d’abord un négatif sur papier, permettant ensuite de tirer plusieurs copies positives. C’est l’ancêtre de la photographie argentique moderne, bien que sa définition soit moindre par rapport au daguerréotype.
L’évolution technique : du collodion à la pellicule
Le milieu du XIXe siècle voit une course à la réduction des temps de pose et à l’amélioration de la qualité.
Le collodion humide (1851)
Le collodion humide est inventé par Frederick Scott Archer (et Gustave Le Gray). Ce procédé remplace le papier par des plaques de verre ou d’aluminium enduites d’un mélange de nitrate de cellulose, d’alcool et d’éther. Il offre une netteté exceptionnelle.
Cependant, le processus exige une rapidité extrême car l’émulsion doit rester humide. La plaque est sensibilisée au nitrate d’argent, exposée et développée dans un délai de 15 à 30 minutes maximum.
SUPPORTS
Plaques de verre (négatifs) ou d’aluminium noir (ambrotypes/positifs directs).
CARACTÉRISTIQUES
Grande finesse, gamme de gris étendue, sensibilité faible (1-3 ISO), sensibilité limitée au bleu/vert.
MATÉRIEL
Chambre photographique grand format, laboratoire mobile ou fixe, chimie complexe (collodion, argent, révélateur, fixateur).
Procédé dominant au XIXe siècle, remplacé par la gélatino-bromure en 1880, il connaît un regain de popularité auprès des artistes contemporains pour son esthétique unique et artisanale.
Enzo Lucia a remis au goût du jour le collodion humide dans son studio à Chalon-sur-Saône, proposant aussi bien des portraits en studio que des séances itinérantes à travers l’Europe.
Sally Mann utilise cette technique, notamment pour sa série What Remains (2003), pour capturer des portraits et paysages empreints de profondeur émotionnelle.
Sébastien Kohler réalise des portraits intimistes mettant en valeur la matérialité des peaux et des étoffes.
Célia Freyburger utilise un laboratoire mobile installé dans une malle de 1950 pour photographier les paysages de Savoie et d’Isère.
Le studio parisien La Cage aux Fauves (Khriska et Flow) est également reconnu pour ses portraits sur plaques de verre ou de fer.
Enfin, des artistes comme Maximilian Zeitler explorent la beauté du contrôle total du processus de création des plaques humides, tandis que des photographes comme Giuseppe Sannino et Quinn Jacobson perpétuent cette tradition.
Le procédé permet également des innovations dérivées comme le ferrotype et le panotype.
La gélatine (1871)
L’invention du procédé au gélatino-bromure d’argent est attribuée au médecin anglais Richard Leach Maddox, qui remplace le collodion humide par une émulsion de cristaux d’halogénure d’argent dans de la gélatine, rendant les plaques sèches, plus sensibles et prêtes à l’emploi. Elle rend possible les poses instantanées (fractions de seconde) et l’apparition de l’obturateur.
La sensibilité de cette émulsion est ensuite considérablement améliorée en 1878 par Charles Harper Bennett, qui découvre que le chauffage de la gélatine augmente sa rapidité, permettant ainsi la photographie instantanée.
Cette technologie permet la démocratisation de la pratique photographique et reste la base chimique fondamentale de la photographie argentique (noir et blanc ou couleur) jusqu’à nos jours.
RÔLE DE LA GÉLATINE
Elle agit comme un liant transparent qui maintient les cristaux sensibles à la lumière sur le support (verre, papier ou film flexible) et permet le gonflement nécessaire aux échanges chimiques lors du développement.
IMPACT INDUSTRIEL
Après 1880, la production industrielle de plaques et de films à base de gélatine (notamment par des entreprises comme les frères Lumière ou Eastman) remplace les processus artisanaux complexes.
La pellicule souple (1889)
George Eastman, fondateur de Kodak, démocratise la photographie en lançant le film photographique souple, qu’il met au point vers 1884-1885 et commercialise à partir de 1889.
Son slogan « You press the button, we do the rest » marque le début de la photographie amateur.
Cette innovation, réalisée en celluloïd (nitrate de cellulose), remplace les lourdes et fragiles plaques de verre.
Eastman commercialise ce support sous forme de rouleaux, permettant de stocker plusieurs images dans un appareil photo, notamment dans le premier appareil grand public, le Kodak no 1, lancé en 1888.
Bien que l’américain John Carbutt ait inventé le film souple transparent en 1888, c’est George Eastman qui en assure la première commercialisation massive et l’intégration dans les appareils de masse, démocratisant ainsi la photographie avec des appareils simples comme le Brownie.
La révolution de la couleur
La recherche de la restitution des couleurs a été un défi majeur tout au long de l’histoire de la photographie.
Les premières tentatives (1869)
Dès 1869, Louis Ducos du Hauron réalise la première photo couleur par synthèse trichrome (superposition de trois filtres).
L’autochrome (1907)
Les frères Lumière commercialisent l’autochrome, le premier procédé couleur pratique, utilisant une mosaïque de grains de fécule de pomme de terre teintés sur une plaque de verre.
Le film moderne (1935-1936)
L’invention du révélateur chromogène permet le développement des films modernes Kodachrome (Kodak) et Agfacolor (Agfa), basés sur trois couches sensibles aux couleurs fondamentales.
L’ère moderne : instantané et numérique
Le XXe siècle accélère l’accessibilité et la rapidité du médium.
L’instantané (1948)
Edwin Land lance le premier appareil Polaroid, capable de fournir une image développée en quelques minutes.
Le 35 mm (1925)
Le lancement du Leica popularise le format 35 mm, favorisant le photojournalisme et la photographie de rue.
Le numérique
À la fin du XXe siècle, la photographie opère sa transition la plus radicale avec le passage de la chimie à l’électronique. Les capteurs numériques remplacent la pellicule, permettant un stockage informatique et une visualisation immédiate des images, transformant la photographie en un langage visuel universel omniprésent avec l’avènement des smartphones.
19 AOÛT
JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA PHOTOGRAPHIE
La Journée internationale de la photographie est célébrée chaque année le 19 août.
Cette date commémore l’annonce officielle par le gouvernement français, le 19 août 1839, de l’invention du daguerréotype. Considéré comme un « cadeau au monde », ce brevet a marqué la naissance officielle de la photographie moderne.
L’événement a été créé en 2010 par le photographe australien Korske Ara pour rassembler les passionnés du monde entier. L’objectif est d’encourager les photographes amateurs et professionnels à partager une photo et à promouvoir l’art photographique. En 2024, la journée a marqué le bicentenaire de l’invention du daguerréotype.
