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Date 8 juin 2026
Author Cécile
Categories Culture

Mythes et légendes des océans | Partie 3 : trésors engloutis et origines du monde

Il existe de nombreux récits, mythes et légendes sur les océans à travers le monde. Ils façonnent l’imaginaire collectif en incarnant le respect, la crainte et l’admiration face aux dangers et aux mystères des profondeurs marines. Ces histoires, transmises oralement ou par l’écrit, servent souvent à expliquer les origines des terres, les phénomènes naturels et à transmettre des codes culturels aux sociétés côtières. Voyage à travers ces récits en trois parties.

SOMMAIRE PARTIE 3

L’Atlantide
La perle des abysses
La mer de lait
Tiamat

Découverte de quelques-unes de ces légendes qui évoquent des lieux et des objets de convoitise ou de création.

L’Atlantide

Géographie et architecture de l’île

Selon le Critias, l’Atlantide était une île immense, plus vaste que la « Libye et l’Asie réunies » (soit environ 400 000 km²), située au-delà des Colonnes d’Hercule (l’actuel détroit de Gibraltar). Sa capitale était une merveille d’ingénierie organisée en cercles concentriques alternant anneaux d’eau et de terre, reliés par des tunnels et des ponts.

Au centre se dressait l’Acropole, protégée par des murs recouverts de métaux précieux : orichalque (un alliage rougeoyant mystérieux), argent et bronze. L’île bénéficiait d’une richesse naturelle exceptionnelle : sources d’eaux chaudes et froides, forêts luxuriantes, et une biodiversité incluant des éléphants. Un système de canaux sophistiqué permettait l’irrigation de la plaine centrale, assurant deux récoltes annuelles.

Organisation sociale et politique

La société atlante était structurée autour de dix royaumes, dirigés par les descendants de Poséidon et de la mortelle Clitô. L’aîné, Atlas, donna son nom à l’île et à l’océan. Le pouvoir était transmis héréditairement au sein de ces dix lignées royales.

Initialement vertueuse, la population vivait en harmonie, méprisant les richesses matérielles au profit de la vertu et de l’amitié. Cependant, au fil des générations, la nature divine en eux s’affaiblit au profit de l’humain, engendrant cupidité, orgueil démesuré (hubris) et soif de conquête. Les Atlantes soumirent alors une grande partie de l’Europe et de l’Afrique, ne s’arrêtant que devant la résistance d’une Athènes primitive et idéale.

Le cataclysme et la chute

La décadence morale provoqua la colère de Zeus, roi des dieux. Réunissant les divinités, il décida de punir les Atlantes pour restaurer l’ordre cosmique. Le châtiment fut foudroyant : en l’espace d’un seul jour et d’une nuit de malheurs effroyables, des séismes et inondations cataclysmiques engloutirent l’île entière. 

L’Atlantide disparut sous les flots, laissant derrière elle une mer de boue infranchissable qui bloquait la navigation. Ce récit, dont la fin du Critias est inachevée, s’interrompt au moment précis où Zeus prononce son jugement, soulignant que la destruction physique est la conséquence directe de la corruption spirituelle.

Hypothèses de localisation et interprétations

Bien que la majorité des historiens considèrent l’Atlantide comme une allégorie philosophique inventée par Platon pour illustrer ses idées politiques, de nombreuses théories tentent de lui attribuer une réalité géographique :

PÉNINSULE IBÉRIQUE

Certains chercheurs, comme Stavros Papamarinopoulos, identifient l’Atlantide à une région située au sud de l’Espagne (autour de Doñana), correspondant à la description d’une plaine entourée de montagnes (Sierra Nevada, Sierra Morena).

SARDAIGNE ET CORSE

L’hypothèse de Luigi Usai suggère que l’île mythique correspondrait au bloc sarde-corse et à sa plaine côtière aujourd’hui submergée.

DÉTROIT DE GIBRALTAR

Le géologue Jacques Collina-Girard propose le banc Spartel, un haut-fond immergé à l’ouest du détroit, qui aurait été submergé vers 9 000 av.  J.-C. par la remontée des eaux post-glaciaires.

AUTRES LIEUX

Des théories plus marginales ou anciennes ont évoqué les Açores, l’Antarctique, la mer du Nord (Doggerland) ou encore l’île de Santorin (liée à la civilisation minoenne et à l’éruption du Théra).

Philosophiquement, le mythe sert d’avertissement intemporel : aucune civilisation, aussi puissante soit-elle, n’est à l’abri de la chute si elle abandonne la vertu au profit de la démesure.

La Perle des Abysses

Mythologie et légendes orientales

La Perle des Abysses s’inscrit principalement dans les mythes de fondation liés à la pêche aux perles dans le golfe Persique, notamment au Qatar.
La légende la plus célèbre est celle de May et Ghilân à Al Khor :

GHILÂN

Ghilân est crédité de l’invention de la voile et de la pêche aux perles, devenant une figure héroïque locale.

MAY

May, bien que présente dans le récit originel comme partenaire, est progressivement effacée du mythe pour refléter la réalité sociale où les femmes étaient exclues de cette activité.

Ce récit fonctionne comme un mythe d’origine qui authentifie un groupe tribal (les Al Mahanda) et une localité, ancrant leur identité dans un passé technique et héroïque.

Symbolisme

Dans les mythologies anciennes et le symbolisme universel, la perle issue des abysses représente :

LA QUÊTE INTÉRIEURE

Plonger dans les abysses pour rapporter la perle symbolise le voyage vers les profondeurs de l’âme, la confrontation avec l’inconnu et la découverte de la vérité cachée.

L’ORIGINE DIVINE ET LUNAIRE

Dans la mythologie grecque, les perles sont les larmes de joie d’Aphrodite émergeant de l’écume.
En Inde, elles sont un cadeau de Krishna, symbolisant l’amour pur. En Chine ancienne et dans les textes védiques, la perle est associée à la Lune (Sôma) et à l’élément Eau, souvent gardée par des dragons au fond des abîmes.  Elle représente l’esprit naissant dans la matière, alliant eau et feu.

LES ABYSSES

Ils symbolisent l’inconscient, les peurs primales, mais aussi le réservoir de toute vie et sagesse.  Dans la mythologie mésopotamienne, l’Abzu (les abysses d’eau douce) est la demeure du dieu Enki, source de sagesse et de magie.

La Mer de Lait

L’origine du conflit et l’alliance improbable

Le mythe débute lorsque le sage Durvasa, furieux que Indra (roi des dieux) ait méprisé une guirlande offerte, maudit tous les devas. Privés de leur force et de leur fortune, les dieux sont vaincus par les asuras menés par Bali. Sur le conseil de Vishnu, les devas proposent une alliance temporaire à leurs ennemis : baratter ensemble l’océan de lait pour en extraire l’amrita (nectar d’immortalité) et le partager. En réalité, Vishnu prévoit de réserver le nectar aux seuls dieux.

La mécanique cosmique du barattage

Le processus nécessite des éléments colossaux :

LE SUPPORT

Le mont Mandara est arraché et utilisé comme pilon. Lorsqu’il commence à s’enfoncer dans l’océan, Vishnu prend son avatar Kurma (la tortue géante) pour soutenir la montagne sur sa carapace.

LA CORDE

Le serpent roi Vasuki sert de corde de barattage. Sur une ruse d’Indra, les asuras saisissent la tête du serpent (considérée comme plus noble mais exposée aux fumées toxiques), tandis que les devas tiennent la queue.

L’ACTION

Pendant mille ans, les deux camps tirent alternativement, faisant tourner la montagne et agitant l’océan, générant une chaleur intense.

Les quatorze trésors (ratnas) émergents

Le barattage fait surgir successivement quatorze objets et êtres divins, souvent répartis entre les deux camps ou offerts à des divinités spécifiques :

Halahala (ou Kâlakûta)

Un poison mortel menaçant la création. Shiva l’avale pour sauver l’univers, sa gorge devenant bleue (d’où son nom Nilakantha).

Surabhi (Kamadhenu)

La vache d’abondance exauçant tous les désirs, offerte aux sages.

Uchchaishravas

Un cheval blanc à sept têtes, ancêtre de tous les chevaux, pris par les asuras puis monture d’Indra.

Airavata

L’éléphant blanc devenant la monture d’Indra.

Kaustubha

Un joyau magique symbolisant la conscience pure, ornant la poitrine de Vishnu.

Kalpavriksha

L’arbre divin exauçant les vœux, planté au paradis d’Indra.

Lakshmi

La déesse de la fortune et de la beauté, émergeant d’un lotus, qui choisit Vishnu pour époux.

Varuni

La déesse du vin, acceptée par les asuras. 

Chandra

La Lune, placée dans la chevelure de Shiva. 

Dhanvantari

Le médecin divin apparaissant avec la coupe d’amrita.

Autres

La conque de Vishnu, l’arc de Vishnu, les Apsaras (nymphes)…

La tromperie finale et l’immortalité

Lorsque Dhanvantari émerge avec la coupe d’amrita, les asuras s’en emparent. Vishnu prend alors la forme de Mohini, une femme d’une beauté fatale. Subjugués, les asuras lui confient la distribution du nectar. Mohini sert d’abord les devas, leur assurant l’immortalité. Lorsqu’un asura nommé Rahu tente de boire en se déguisant en dieu, Vishnu lui tranche la tête avec son disque (Sudarshana Chakra). La tête de Rahu devient immortelle (créant les éclipses en avalant le soleil et la lune), mais son corps périt. Privés du nectar, les asuras sont finalement vaincus par les devas désormais invincibles.

Signification spirituelle

Ce mythe est une allégorie du cheminement spirituel :

Le barattage représente l’effort intérieur (sadhana) nécessaire pour purifier l’esprit. 

Le poison symbolise les souffrances et obstacles inévitables qui surgissent lors de la quête spirituelle et qui doivent être « transmutés » (comme Shiva). 

Les trésors sont les Siddhis (pouvoirs) et qualités divines qui apparaissent en cours de route, mais qui ne sont pas le but ultime.L’amrita est la libération finale (Moksha) ou l’immortalité de l’âme.

Angkor Vat

La représentation la plus célèbre de ce mythe se trouve au Cambodge, sur le mur est de la galerie sud d’Angkor Vat. Ce bas-relief monumental de 50 mètres de long dépeint 92 devas et 88 asuras tirant le serpent Vasuki, avec Vishnu-Kurma au centre. C’est l’une des scènes mythologiques les plus vastes jamais sculptées dans la pierre.

Tiamat

Origines et nature primordiale

Tiamat incarne les eaux salées primordiales, formant avec Apsû (eaux douces) le couple originel d’où émerge toute existence. Son nom dérive de l’akkadien tiāmtum (« mer »). Contrairement aux dieux ultérieurs, elle n’est pas simplement une déesse de la mer, mais la mer elle-même, une force informe et infinie précédant la création. De leur union naissent les premières générations divines, dont Anu (le Ciel) et Ea (la Sagesse).

Le conflit cosmique : l’Enuma Elish

Le drame de l’Enuma Elish se noue lorsque le bruit des jeunes dieux perturbe le repos d’Apsû. Celui-ci projette de les exterminer, mais Ea l’apprend, l’endort et le tue. Furieuse et endeuillée, Tiamat, initialement opposée au plan d’Apsû, décide de venger son époux. Elle se transforme alors en force destructrice du chaos, créant une armée de onze monstres terrifiants pour anéantir sa propre descendance. 

Parmi ses créations figurent :

Bašmu (Serpent venimeux)
et Ušumgallu (Grand Dragon)

Mušḫuššu (Dragon-serpent furieux)
et Ugallu (La Grande Bête Météo)

Girtablullû (Homme-Scorpion)
et Kusarikku (Homme-Taureau)

Umu dabrutu (Tempêtes Violentes)
et Uridimmu (Lion Enragé)

Elle élève son fils Kingu au rang de nouveau consort et lui remet les Tables des Destinées, lui conférant le commandement suprême de cette armée chaotique.

Le duel contre Marduk et la création du monde

Impuissants face à la rage de Tiamat, les dieux choisissent Marduk, fils d’Ea, comme champion, à condition qu’il devienne leur roi s’il triomphe. Armé de l’arc, du filet, de la foudre et des quatre vents, Marduk affronte la déesse. 

Lors du combat décisif, Marduk utilise une stratégie ingénieuse : il piège Tiamat dans son filet, puis invoque les vents pour lui gonfler le ventre et l’empêcher de refermer la bouche. Il lui décoche alors une flèche qui lui transperce la gorge et le cœur, la tuant sur le coup.

Symbolisme et héritage

La mort de Tiamat marque le passage du chaos à l’ordre. Marduk fend son cadavre en deux :
La moitié supérieure devient la voûte céleste, retenue par des gardiens pour empêcher les eaux du chaos de s’échapper.
La moitié inférieure forme la Terre. 
Ses seins deviennent les montagnes, et de ses yeux jaillissent les sources du Tigre et de l’Euphrate. 

Ce mythe fonde la cosmologie babylonienne : l’univers est une structure fragile maintenue par l’autorité divine contre le retour permanent du chaos aquatique. Tiamat représente ainsi la dualité de la nature, à la fois mère nourricière et force destructrice indomptable.

Ces récits, qu’ils soient grecs, nordiques, océaniens ou bibliques, témoignent de la relation complexe entre l’humanité et l’océan, un élément primordial de création et de destruction.

Mythes et légendes des océans
Partie 1 : créatures mythiques et monstres marins

Mythes et légendes des océans
Partie 2 : héros culturels et divinités



8 JUIN
JOURNÉE MONDIALE DE L’OCÉAN

La Journée mondiale de l’océan est célébrée chaque année le 8 juin. Instituée par l’ONU en 2009, cette journée vise à sensibiliser le public à l’importance des océans, qui couvrent plus de 70 % de la planète, produisent au moins 50 % de l’oxygène et abritent la majeure partie de la biodiversité terrestre.

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